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MB Race : Cap ou pas cape

Si elle est qualifiée de course la plus dure au monde, la fameuse MB Race est bien une course pas tout à fait comme les autres. Elle fait partie de celles qui restent dans votre mémoire, le kilométrage et le dénivelé étant prévus pour que votre douleur grave à jamais votre esprit.   Le soleil se lève à peine sur Mégève mais c’est une horde de cyclistes qui s’apprête à aller titiller le Mont blanc. L’organisation grossit d’année en année, elle accueille à présent près de 800 courageux …

Si elle est qualifiée de course la plus dure au monde, la fameuse MB Race est bien une course pas tout à fait comme les autres. Elle fait partie de celles qui restent dans votre mémoire, le kilométrage et le dénivelé étant prévus pour que votre douleur grave à jamais votre esprit.
 
Le soleil se lève à peine sur Mégève mais c’est une horde de cyclistes qui s’apprête à aller titiller le Mont blanc. L’organisation grossit d’année en année, elle accueille à présent près de 800 courageux et courageuses plus ou moins apeurés par le profil déraisonnable dessiné sur notre plaque de cadre. Face à l’inconnu et ce malgré quelques jours informatifs aux côtés d’Arnaud Rapillard, vainqueur en titre, je ne peux m’empêcher d’avoir le ventre serré et un faux air détendu sous l’arche. La fougue de mes 22 ans au départ est souvent la cause de mes fins de course compliquées voire chaotiques, ces fins de course où mes hypoglycémies côtoient mes crampes.
 
Malgré les mises en garde des coureurs ou du staff, et même un chantage bout de jambon/départ gentillet, ma cuisse ne saura s’abstenir d’emmener la meute. En voyant Arnaud garder la roue, la pensée de l’aider balaye rapidement quelconques craintes de me griller les ailes. Voilà, nous sommes bel et bien partis et le timide soleil laisse tout de même entrevoir les forces en présence excitées par l’assaut.
 

 
On retrouve Frédéric Frech, le maître des lieux, venu reconquérir son bien. Stéphane Beau, une des valeurs sûres du coin, l’expérience au service de l’endurance. Antoine Socquet, jeune local, qui aura sûrement à cœur de vaincre sur ses terres. Rémi Laffont, marathonien émérite, tant sur le vélo que dans la connaissance des fontaines et ruisseaux le long du circuit. J’entrevois aussi Frédéric Gombert, mon coéquipier du raid des 3 vallées ; ses départs sont timorés, mais il sera sûrement bien présent d’ici quelques heures. Quelques visages que je reconnais : Vincent Bader, ancien pro sur route ou Yoann Sert, un gros moteur venant du ski.
 
Bref, revenons à nos racines, elles nous rappellent rapidement que les jours précédant la course ont été pluvieux mais heureusement, aujourd’hui, c’est un grand ciel bleu qui nous accompagne. J’engage la première descente sans cette crainte et me voilà seul à l’avant avec 1 minute d’avance après 10 kilomètres de course. Aussi dure soit elle, ça reste une course! Je continue donc ma progression, me dandinant sur mon vélo sous l’effort. Fort heureusement, le soleil n’est pas encore agressif et nous épargne une transpiration excessive. On arrive rapidement sur les premières pentes du col du Jaillet, je jette un œil dans les épingles en contrebas et remarque que c’est Frédéric Frech qui mène un groupe de 5. Jean-René Godard aurait pu placer son fameux « le club des 5 en chasse derrière l’homme de tête ». Moi, je me dis juste que mon escapade solitaire va vite se terminer. Ce qui est chose faite sur le sommet du col du Jaillet. Il s’agissait sur cette première difficulté de slalomer entre les vaches avec les pieds pleins de boue! Une fois que la pente s’inverse, chacun manque d’aisance dans la descente rendue technique par les pluies. Mes fidèles Schwable Racing Ralph et Rocket Ron version Snakeskin se comportent bien, j’arrive donc à la Giettaz avec une avance à nouveau confortable. J’y récupère rapidement quelques victuailles au ravitaillement, le staff change mon bidon et me voilà reparti pour l’ascension de la tête de Torraz.
 

 
Une première partie en forêt, l’humidité est pesante, la sueur dégouline de mon visage jusque sur mon compteur. Un mal pour un bien, cela m’évite de confirmer que le chemin ne rend pas bien. Je suis collé au bitume pour utiliser un peu de vocabulaire cycliste. Cette ascension nous offrira un point de vue incroyable, les crêtes enneigées nous délassant l’esprit des douleurs provoquées par l’effort. Joie de courte durée, j’entame la descente tous freins ouverts ! Quelques courbes, quelques remontées sont à franchir. Je me paye le luxe de ne pas regarder le balisage et de suivre la moto ouvreuse. Puis au détour d’une bosse, plus de moto, plus de fameux balisage jaune… Des cyclistes m’indiquent une direction, pensant que je fais le parcours 50kms. Et naïvement, j’entame cette descente. Quelques kilomètres plus tard, j’emprunte une route que j’ai grimpée en début de course. Inutile de vous dire que je comprends rapidement mon erreur. Je me retrouve à une bonne dizaine de kilomètres de Combloux, ville que je devais rejoindre après l’ascension de la tête de Torraz.
 
Rallier Combloux se fera par la route nationale, je reprends le circuit à cet endroit, 45 minutes de perdu, je suis 15ème. Cette infortune me glace le sang, partagé entre l’abandon et finir les 70kms en rando. Quelques minutes d’hésitation et je repars tranquillement sur le circuit qui arpente la vallée jusqu’à Megève. J’ai droit à mon petit comité d’accueil. Les organisateurs sont au courant de ma mésaventure, le staff du Team aussi… J’en profite pour demander les performances des autres. Arnaud est deuxième après une crevaison, Frédéric joue avec le Top 5 et Sophie est en tête. COOOL, je continue sur le 100kms pervertis par la performance de mes coéquipiers.
 
La suite de ma course se résumera donc à doubler et à profiter des points de vue magnifiques. Après les 70 premiers kilomètres assez peu techniques, les descentes deviennent très plaisantes et quelques singles montants le sont également. Des spectateurs m’informent sur la situation en tête de course, notamment sur la place d’Arnaud et cela me redonne un peu le moral et de cœur à l’ouvrage. Je reprends Frédéric qui après avoir affronté une panne mécanique, accuse un peu le coup physiquement. Une petite tape sur la fesse, et je bascule pour redescendre sur Mégève. Voilà 100kms de bouclés!
 

 
Je retrouve le staff avec un nouveau bidon et des encouragements. Je sors la fiole Squirt afin de redonner une seconde jeunesse à ma chaîne et demande des nouvelles de mes coéquipiers encore une fois : Sophie a gagné les 70 kms, Arnaud est désormais deuxième mais toujours à la lutte avec Frédéric Frech. Un choix cornélien aurait dû s’offrir à moi… Mais c’est naturellement que je me dirige vers le 140kms. Une fois la bifurcation franchie, les 40 kilomètres supplémentaires me feront regretter ce choix. C’est là l’essence même de la MB Race, quand le retour vers Mégève rime avec le choix d’en finir ou de continuer sur les pentes diaboliques de la haute Savoie.
 
Je remonte sur mon Addictiv Amarok et j’entame la difficile montée vers le Mont de Vorès. Je rattrape Rémi Laffont qui est en perdition. A vrai dire, il rentre tout juste des championnats du monde de VTT marathon qui avaient lieu en Afrique du Sud le week-end précédent et est a prit le départ de l’épreuve entamé physiquement. On s’accorde une halte sympathique au bord une fontaine, devant des marcheurs ébahis par notre état respectif. On est là dans une situation ésotérique, cette difficulté extrême qui fait le charme du vtt marathon. Je le laisse là, avec son courage et sa détermination à finir une deuxième fois ce 140kms et continue ma remontée. J’entrevois le 4ème au scratch en la personne de Stéphane Beau, qui roule encore à un bon rythme sur le sommet du mont de Vorès.
 
Les dernières montées sont compliquées et il est de plus en plus ardu de vaincre la pente. Chaque coup de pédale devient un effort incommensurable, se hisser jusqu’au sommet de la dernière bosse est déjà une joie immense. Stéphane est surement à plus de 2 minutes. Derrière, je n’aperçois plus Rémi qui est déjà loin. Je profite donc de cette situation pour m’arrêter, m’assoir au sommet de la bosse et m’adosser à un arbre. Je mange ce qu’il me reste de nourriture et je finis mes bidons. Je me dis que la dernière descente ne sera que plus agréable. Et elle le sera! Technique et tortueuse, elle clôture parfaitement la course. Le final sur la route procure une sensation de soulagement inégalable, la douleur de l’effort n’est déjà plus qu’un mauvais souvenir. La voix du speaker retentit dans mon crâne, elle éloigne la déception et laisse apparaitre un sourire sur mon visage.
 

 
Je retrouve derrière l’arche d’arrivée les spectateurs, l’équipe et le staff. J’en ai des frissons…
 

 
Arnaud est 2ème, Sophie remporte le 70kms, Frédéric termine 4ème au scratch du 100kms, pour ma part, je suis 5ème au scratch et 1er espoir. Maigre consolation au regard des faits de course! Qu’importe, l’expérience fut phénoménale et instructive.
 

 
Je terminerais ce petit texte en remerciant les bénévoles et les organisateurs qui nous permettent de vivre de tels moments.
 
 

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